La thématique des négligé.e.s : Pourquoi est-ce un autre incontournable?

Pourquoi est-ce nécessaire que la thématique de mon projet soit les personnes négligées?

Aborder la thématique des négligé.e.s, c’est autre chose qu’une envie, c’est un besoin. C’est une façon pour moi de répondre à mon indignation de l’injustice. Je ne sais pas comment m’y prendre pour la recaler, tellement elle est grande et compliquée. Une façon pour moi de l’attaquer de front est de l’exposer.

Quelle est ma légitimité d’aborder ce thème?
Je me considère privilégié (je suis caucasien, homme, je parle anglais, je suis éduqué, j’ai un passeport canadien, je suis en santé, je fais partie des 2% les plus riches du globe, etc.). Alors est-ce que je suis «autorisé» à parler des personnes négligées? Je pense que ça a rien à voir avec qui je suis, d’où je viens ou les privilèges que j’ai. Une personne SDF peut très bien s’indigner des réfugiés climatiques. Si j’étais le premier des démunis, mon indignation serait certainement de la même nature. Nous provenons tous d’horizons différents, mais nous entendons et voyons tous la même chose. À moins d’être la parfaite incarnation des singes de la sagesse.

Et est-ce que le fait de nommer les personnes et groupes de personnes comme «négligé.e.s» stigmatise ces personnes dans cette appellation et les rend encore plus vulnérables?
J’ai besoin d’un mot pour désigner les personnes qui n’ont pas l’attention des célébrités, mais qui le mériteraient. Je pense que si ce besoin de nommer ces personnes n’existait pas, il n’y aurait tout simplement aucun mot pour les regrouper et peut-être qu’on finirait par les oublier. Donc, il faut un mot pour désigner une réalité, autrement elle peut difficilement être à l’ordre du jour. Ensuite, si ce mot est aussi dérangeant, c’est possiblement la négligence de l’humanité envers ces personnes qu’il faut pointer. Autrement, je pense qu’à partir du moment où l’on parle des personnes négligées, elles les sont un peu moins. C’est comme apercevoir un fantôme : le jour où tout le monde le voit, reste-t-il fantôme?

Est-ce que je fais du capital sur le dos des plus démuni.e.s?
On pourrait dire que mère Thérésa accumulait du capital de sympathie avec ses actions. Mais ses objectifs n’en étaient pas là, à moins qu’elle ait bien caché son jeu. Il faut se fier à sa bonne foi et la croire, quand elle motivait ses actions. Je pense que je ferais de capital à proprement dit si j’étais persuadé qu’il n’y avait pas d’échange et que j’exploitais leur condition dans l’unique but des gains  : j’ai la volonté de rendre service en retour. L’échec ou le succès de ce service est une autre chose : si je nuis davantage en fin de compte que je n’aide, il va falloir que je reconsidère la manière. Et je ne peux évaluer seul le succès ou l’échec de ce service.

Est-ce que le fait que je choisisse de parler d’un type de personnes négligées fait en sorte que je néglige les autres personnes négligées?
Est-ce que je peux aborder tout ce qui m’indigne, au quotidien? Impossible. Il faudrait que mon rythme de production soit au moins aussi vite que tout ce qui pleut dehors et dedans. Si je me sens incapable de parler de tout, et de manière correcte, si je me sens impuissant et triste de ne pas avoir le temps de bien m’informer et mettre en lumière X groupe de personne ou X cause qui mérite d’être entendu, je me sens encore plus impuissant si j’élargis ma conception de la justice à tous les êtres vivants  : les animaux, la végétation. Je dois par moment renouveler mon deuil d’être tout à fait capable de faire de l’espace dans mon acte de parole à toutes les causes qui me touchent. De plus pour être entendu dans la multitude des voix sur toutes les plateformes de communication, je dois trouver un angle distinctif, qui donnera la chance à mon message d’être entendu. Autrement dit, il faut que je sois intéressant. Ce qui fait en sorte que je choisis également mes sujets en fonction de leur potentiel artistique.

Il s’agit là de questions de fond. Et j’invite quiconque à questionner mon raisonnement afin que je puisse raffiner ma pensée.

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